Le Hasard fait bien les mots – « Déguisement »

Le cercle des 17, Richard Paul Evans
Traduit de l’anglais par Christophe Rosson

« — Je sais, a lancé Ostin. On va leur dire qu’on a oublié des plateaux d’escalopes cordon-bleu dans la cuisine, et que ça va empester si on ne les récupère pas.
— Pas con, ai-je commenté. Mais sans badges, il faudra être convaincants.

— Ça peut marcher, a déclaré Jack.
— Hé ! a fait Ostin, visez-moi ça !
Dans un compartiment du chariot, il avait découvert une pile de tenues de livreur et un sac de bonnets en papier.
— Mets ça, a lancé Jack à Wade en lui passant une tenue et un bonnet. »

Michael Vey est un adolescent pas comme les autres. Il possède des superpouvoirs électriques. Il se croyait seul jusqu’à ce que Taylor, une camarade de classe, le démasque et lui révèle être comme lui. Accompagné de cette dernière et de son meilleur ami Ostin, il va découvrir l’étendue de ses pouvoirs mais l’apparition d’un homme aux étranges lunettes et d’une mystérieuse académie va bouleverser le cours de leur vie.

Erika Neav

Mauvais Genre, Chloé Cruchaudet

« Ce qui compte, c’est que personne ne m’a remarqué. Incognito, le déserteur. »

Mauvais Genre est une bande dessinée de Chloé Cruchaudet,
inspirée par La Garçonne et l’Assassin, un essai de Fabrice Virgili et Danièle Voldman. L’œuvre, basée sur des personnages qui ont vraiment existé pendant la Première Guerre mondiale, raconte l’histoire d’amour entre Paul Grappe et Louise Landy. Paul est un déserteur, traumatisé par la vie des tranchées. Il tente d’échapper au peloton d’exécution en se travestissant en femme. Il devient alors Suzanne pour fuir la clandestinité et vivre avec sa femme Louise.

Coline Charbin

L’Enfant multiple, Andrée Chedid

« La femme-coquelicot ne quittait pas le gamin du regard. Depuis plus d’une semaine, pour assister à son spectacle, elle se prêtait aux caprices de Thérèse. Elle avait vu quelques-uns de ses déguisements, quelques-unes de ses interprétations. Hier encore, il déambulait en « Charlot », petite forme déchirante et sombre, surgissant parmi les montures bariolées.»

L’enfant multiple, c’est Omar-Jo, fils d’un musulman d’Egypte et d’une chrétienne libanaise. Le jeune garçon a grandi à Beyrouth dans les années 1980, années de guerre impitoyable au Liban. Un matin de l’année 1987, un événement va tout bouleverser dans la vie d’Omar-Jo. Ses parents sont victimes d’une explosion, juste devant chez eux. Privé de ses parents, de son bras, de ses repères, l’enfant doit aller vivre chez son oncle et sa tante à Paris. Mais bien loin de se morfondre, Omar-Jo continue de rire, d’aimer, de partager, de vivre. À Paris, il se lie d’amitié avec Maxime, propriétaire d’un manège place Saint Jacques et éternel insatisfait. En venant lui rendre visite tous les jours, Omar-Jo parvient petit à petit à lui redonner goût à la vie. Véritable allégorie de la diversité, symbolisée ici par ses nombreux déguisements, Omar-Jo est un personnage qui ne peut laisser indifférent.

L’Enfant Multiple est une réelle bouffée d’optimisme. Dans un monde où les différences sont hélas bien souvent motif de conflit, ce livre nous rappelle qu’elles sont avant tout une richesse culturelle inestimable. Andrée Chedid nous offre une lecture qui fait du bien et nous réconcilie avec l’autre.

Anne-Elisabeth Doutey

Flic, Valentin Gendrot

« Quand je lui ai parlé de mon projet, mon père n’a pas compris. Comment pouvais-je enfiler la casquette de flic ? Difficile, déjà, de lui expliquer mon attrait pour le risque que génère l’infiltration, ce besoin étrange de se mettre dans la peau des autres pour raconter leur vie…»

Valentin Gendrot est journaliste. Mais pendant plus d’un an et demi, Valentin aura également été flic dans un commissariat du 19e arrondissement de Paris. Poussant l’immersion jusqu’à ce que le rôle lui entre dans la peau et marque à vie sa personnalité – selon ses propres mots – le jeune journaliste, spécialiste des immersions, raconte dans ce poignant livre-témoignage son expérience de « faux-flic », qui, des 6 mois initialement prévus, aura duré 1 an et demi. Son récit, simple, factuel, écrit au présent et à la première personne, nous transmet dès les premières pages la tension, l’adrénaline et aussi la peur qui ont accompagnées Valentin pendant toute son infiltration. Il y a des secrets dans la police, des codes, beaucoup de violence, et encore plus de mal-être… Des choses que l’on pense savoir, n’est-ce pas? Pourtant la lecture de certaines pages seront difficile à croire… Difficile à admettre comme réalité…

Témoignage intime et violent, Flic nous livre un des visages les plus noirs de notre société actuelle. À lire les tripes bien accrochées. Le déguisement n’est pas toujours affaire de divertissement.

Yara Pilartz


AILEFROIDE – Altitude 3954, Jean-Marc Rochette.
Ed. Casterman, 2018. 2018 pages

Avant de devenir dessinateur et auteur de bande dessinée, Jean-Marc Rochette a fait beaucoup d’alpinisme. Enfant taiseux et avide de défis, originaire des environs de Grenoble – une région enlacée par la montagne – il raconte sa jeunesse dans AILEFROIDE Altitude 3954, une épaisse B.D autobiographique ; ses années de grimpe intense, les dangers et les moments de beauté qu’il a connu, jusqu’au grave accident qui lui a fait abandonner l’escalade pour se consacrer à la peinture, la sculpture, et la bande-dessinée – pour le plus grand plaisir de ses lecteurs !

L’univers de Rochette est simple et efficace. Doux et violent. Comme peut l’être la Nature, source d’inspiration profonde et constante pour lui. On le ressent parfaitement dans AILEFROIDE, dont les planches de paysages au bleu puissant, aux lignes drues, à peine interrompues par les rares dialogues entre les personnages, nous transmettent à la perfection l’ambiance transcendante de la montagne, son intensité et sa beauté silencieuse.

Rochette s’est engagé dans plusieurs luttes écologiques au cours de sa vie ; il est l’auteur notamment de la BD Le Transperceneige (adaptée à l’écran en long-métrage par Bong Joon-ho et en série par Netflix), qui déjà en 1982 envoyait un message d’alerte visionnaire par rapport aux dangers du réchauffement climatique. Il vit en montagne, de peu de choses, en marge de la société humaine et de son côté néfaste, et cherche à travers son art pictural à nous transmettre ces messages de simplicité et de cohabitation respectueuse et apaisée avec son environnement… pour éviter l’apocalypse.

Yara Pilartz

Sorcery of Thorns, Margaret Rogerson
Ed. Bigbang – 2020

Je vous propose cette fois-ci de vous plonger dans les romans fantastiques de Margaret Rogerson, qui nous invite à découvrir son univers de magie et de livres avec son premier ouvrage traduit en français, Sorcery of Thorns.

L’héroïne est une orpheline du nom d’Elisabeth, qui a été élevée au sein de l’une des Grandes Bibliothèques d’Austermeer, établissements chargés de protéger le royaume des grimoires magiques et de contrôler leurs entrées et sorties. À l’instar de la directrice, qu’elle considère comme modèle de bravoure et de loyauté, la jeune fille désire elle aussi occuper le rôle de bibliothécaire à l’issue de sa formation. Les livres sont toute sa vie : ses amis d’enfance et ses confidents. Sans réellement comprendre comment, Elisabeth ressent un lien profond avec ces ouvrages fascinants, qu’elle admire autant qu’elle craint. Car s’il y a bien deux choses que les bibliothécaires abhorrent, ce sont les sorts et les magiciens ; ils ont la présence d’esprit de se méfier de ceux qui frayent avec les démons par soif de pouvoirs.

Le chemin de notre apprentie bibliothécaire va pourtant croiser celui d’un sorcier : un jeune homme dont l’héritage lui octroie une réputation des plus douteuses et des dons magiques terrifiants. Il sera pourtant son seul et unique allié lorsque la directrice trouvera la mort à l’issue d’un combat contre un grimoire transformé en monstre terrible et dangereux ; un accident auquel les autorités refuseront de croire, accusant la seule autre personne présente sur les lieux. Forcée de fuir son foyer, Elisabeth ne saura pas à qui se fier dans ce monde vaste qu’elle ne découvrira qu’à l’aube de ses seize ans.

Ce roman de littérature jeunesse est un véritable coup de cœur, dont j’attends la suite avec impatience. Bien que l’ouvrage soit relativement épais, il se lit très facilement et se dévore en quelques jours seulement. Recommandé pour les adultes et les adolescents !

Marine Madani

Appel à textes Écrire à Demain

Illustration par Hellali Pénanguer

[ English below ]
[ En español abajo ]

Bonjour à toutes et à tous,

Nous sommes Les Métisseurs de Mots, association liée au Master TLEC (Traduction Littéraire et Édition Critique) de Lyon 2. Le but de notre association est de promouvoir l’activité de traduction littéraire, mais également la production écrite.

 
Nous avons par exemple tout récemment traduit les œuvres de poétesses peu connues en France, depuis nos langues de spécialité – anglais, espagnol, italien, suédois – vers le français (projet Mémoires de Poétesses) ; et l’année dernière, nous avons édité un recueil de textes originaux sur l’exil, accompagnés de leur traduction (projet Déraciné.es).

Pour notre prochain projet, nommé Écrire à Demain (qui sonne pour nous comme une invitation à une réflexion nouvelle et libérée sur les récents événements), nous souhaiterions solliciter directement nos camarades étudiant.es, dont certain.es s’adonnent peut-être à l’écriture dans leur temps libre, ou bien produisent des écrits dans le cadre de leur formation.

Cet appel à textes se veut une invitation à une relation épistolaire avec le futur et les projets qui le peuplent, notamment ceux auxquels nous avons dû renoncer suite aux événements de cette dernière année qui a chamboulé nos vies, nos rêves, nos aspirations, notre être profond.

Nous voudrions donc vous proposer de traduire vos textes dans les langues que nous maîtrisons. À terme, pour rendre visibles vos idées, vos plumes et notre travail, nous souhaiterions, avec l’accord des participant.es, publier vos textes suivis de leur traduction sur notre site internet : https://metisdemots.wordpress.com/.
N’hésitez pas à le visiter pour en apprendre plus sur nos activités !

Ce projet s’adresse notamment aux étudiant.es dont la langue maternelle est autre que le français, et d’autant plus si elle est l’une des langues suivantes : anglais, espagnol, italien, suédois, finnois. Mais le français, ainsi que d’autres langues, sont également bienvenues.

La date limite de dépôt des textes est fixée au 31 juillet 2021. Vous pouvez nous les faire parvenir en les envoyant à metisseursdemots@gmail.com

Nous vous remercions de votre attention, et au plaisir de vous lire !

Les Métisseurs de Mots

Call for papers

Hello everyone,

We are Les Métisseurs de Mots, a student association related to the Master’s program of literary translation at Université Lyon 2 (Master TLEC). Our association aims at promoting literary translation and creative writing in general.

For instance, we have recently translated works by female poets that are not very famous in France, from different languages – English, Spanish, Italian, Swedish – into French (Mémoires de Poétesses) ; and last year, we published a collection of texts around the theme of exile, or self-exile, as well as their translation into French (Déraciné.es).

As for our next project, we would like to directly reach out to our fellow students, for some of them may be writing in their free time or for their studies. We named it Écrire à Demain (which literally means “writing to tomorrow” – a proper and more literary translation could be “Dear tomorrow” for instance), since the recent events have led us to think differently, more freely.

This call for papers comes as an invitation to build an epistolary relationship with the future and the projects it holds, especially those we have had to give up after this past year’s events, which have turned our lives, our dreams, our aspirations and our own selves upside down.

This is why we are offering today to translate your works, written in the languages we have come to master. In the end, so as to bring visibility to your ideas, your pen, and our work, we would like, with your permission, to publish your writings, followed by their translations, on our website: https://metisdemots.wordpress.com/.
Feel free to take a peek at the website to learn more about our activities!

This project is particularly aimed at students whose mother tongue is not French but one of the following languages: English, Spanish, Italian, Swedish, Finnish ; but French, as well as other languages, are equally welcome! 

The deadline for texts delivery is July 31st, 2021. You can send us your work by email to the following address: metisseursdemots@gmail.com.

Thank you for your attention, and looking forward to reading you!

Les Métisseurs de Mots

Petición de textos

Hola a tod@s,

Somos los Métisseurs de Mots, la asociación estudiante del Master TLEC (Traduction Littéraire et Édition Critique) de la Universidad Lyon 2, cuyo objetivo es la promoción de la traducción literaria, pero también de la producción escrita.

 
Un ejemplo de ello es nuestra reciente traducción de obras de  poetisas poco conocidas en Francia, de los idiomas que estudiamos – inglés, español, italiano, sueco –  al francés (proyecto Mémoires de Poétesses); y el año pasado, hemos publicado una compilación de textos originales sobre el tema del exilio con sus traducciones correspondientes (proyecto Déraciné.es).

Para nuestro próximo proyecto, titulado Écrire à Demain (“Escribir al Mañana”) – que para nosotr@s suena como una invitación a reflexionar de forma renovada y liberada sobre los recientes acontecimientos – quisiéramos pedir la colaboración de nuestr@s compañer@s estudiantes, quienes quizás se dediquen a escribir en su tiempo libre, o a lo mejor producen escritos en el contexto de su formación universitaria. 

Esta petición de textos pretende ser entonces una invitación a una relación epistolar con el futuro y los proyectos que lo pueblan – incluso aquellos a los que hemos renunciado por los acontecimientos de este año pasado que alborotó nuestras vidas, sueños, aspiraciones y lo más profundo de nuestro ser. 

Nos ofrecemos para traducir vuestros textos en nuestras lenguas de especialidad. Finalmente, para dar visibilidad a vuestras ideas, vuestra escritura y nuestro trabajo, y con acuerdo de l@s participantes, quisiéramos publicar estos textos, con sus traducciones, en nuestra página web: https://metisdemots.wordpress.com/

¡No dudéis en visitarla para descubrir nuestras actividades!

Este proyecto se dirige en particular a l@s estudiantes cuya lengua materna no es el francés; especialmente si es inglés, español, italiano, sueco o finés. No obstante, el francés, así como otros idiomas, también son bienvenidos.

La fecha límite para enviar los textos es el 31 de julio de 2021. Nos los podéis mandar por correo a metisseursdemots@gmail.com. ¡No dudéis en escribirnos si os surgiera cualquier pregunta!

Gracias por su atención, ¡estamos deseando leeros!

Les Métisseurs de Mots

Coin de Paradis : Café-Librairie internationale Damn Fine Bookstore

Quartier de la Guillotière, 20 rue Béchevelin. À la frontière d’un terrain vague, une petite porte discrète cache un trésor insoupçonné : le Damn Fine Bookstore. Ce Café-Librairie internationale, unique en son genre à Lyon, est né en septembre 2020, grâce à Fiona Dutrain, qui s’est lancée dans cette aventure suite à deux constats : lors de voyages, elle trouvait toujours, dans les grandes villes, des Café-Librairies avec quelques livres en version originale… or à Lyon, il n’en existait pas. Pourtant lire des livres en version originale, d’après Fiona, c’est quand même vachement bien. Si le concept de Café-Librairie existe déjà bel et bien en France, le Café a tendance à prendre le pas sur la librairie, ou l’inverse. Fiona voulait créer un lieu à deux visages, et le pari est réussi.

La première pièce du Damn Fine Bookstore, la librairie, est un tourbillon de couleurs et de formats. Les livres, que Fiona choisit toujours elle-même, sont rangés dans des meubles à étagères en bois, classés par langue (anglais à foison, mais aussi allemand, espagnol, italien et portugais) et par genre, selon les livres disponibles dans chaque langue (fiction, thriller, romans graphiques, livres pour enfants…).

Dans la seconde partie du lieu, le salon de thé, le canapé de velours turquoise, les guirlandes de papiers au plafond, la discrète musique de fond, les petits objets de déco placés ça et là, donnent à la pièce une ambiance chaleureuse et feutrée, qui semble vous prendre dans ses bras dès que l’on y pénètre. On s’y sent coupé.e du monde, comme dans un cocon, dans les conditions optimales pour se plonger sans retenue dans un roman, en sirotant une boisson chaude dans une délicate tasse vintage, ou dégustant une des pâtisseries faites maison par un artisan boulanger du quartier.

À part le comptoir et les étagères à livres, faites sur mesure, tout le mobilier et la vaisselle ont été récupérés ou achetés d’occasion. Fiona s’est occupée et s’occupe encore de tout, de la commande de livres (une logistique beaucoup plus complexe lorsqu’il s’agit de livres étrangers que pour des livres édités en France) jusqu’à la confection des cafés !

Que vous soyez polyglotte et friand.e de lecture, étranger.e à Lyon nostalgique de votre langue, ou bien en quête d’un lieu où vous réchauffer le corps et l’âme par une après-midi de pluie, le Damn Fine Bookstore sera votre repère tout trouvé.

And Don’t Forget to Bring your Spectacles !

Yara Pilartz

Site internet : https://damnfinebookstore.com/

Just Kids, Patti Smith
Traduit de l’anglais par Héloïse Esquié
Collection Folio, Ed. Gallimard – 2013

Just Kids est un récit autobiographique où Patti Smith raconte, entre autre, sa rencontre avec Robert Mapplethorpe, qui deviendra par la suite son compagnon et également un photographe de renommée internationale. Dans ce livre, l’auteure commence par retracer ses origines dans une famille modeste américaine et ses débuts dans la vie adulte, qui furent difficiles.

À 20 ans, elle décide de quitter sa ville natale pour tenter sa chance dans le monde de l’art et part pour New York, où elle essaiera de faire carrière dans la poésie. Ce ne sera que quelques années plus tard qu’elle révélera son potentiel pour la musique, accompagnée de son groupe.

Le livre retrace donc l’histoire de Patti et Robert, de leur première rencontre quand ils n’étaient que deux jeunes de 20 ans, jusqu’à leur relation amicale et amoureuse fusionnelle. L’auteure nous raconte son parcours, les petits boulots qu’elle et Robert devaient faire quand ils n’arrivaient pas à percer dans le milieu artistique ou encore les nuits sans manger pour économiser le peu d’argent qu’ils avaient. Mais elle nous expose aussi en détail ses émotions, les moments partagés, ses références musicales et littéraires. On assiste également à un voyage à travers la culture alternative des années 60 et 70 aux États-Unis et à la naissance et l’apogée d’artistes et groupes qui deviendront mythiques par la suite (Janis Joplin, Jimi Hendrix, The Doors…).

Son histoire est racontée avec une sincérité touchante, tout comme l’amour inconditionnel qu’elle a pour Robert. La plume de Patti Smith est élégante, poétique, pleine de mélancolie et cela rend la lecture agréable, fluide et émouvante.

Cette œuvre n’est pas une simple autobiographie qui raconte la route vers le succès de sa protagoniste. Il s’agit d’un récit soigneusement écrit, où l’auteure nous partage ses émotions d’une manière sincère et intense. C’est sans doute un livre incontournable pour les amateurs de musique et de littérature.

Javier Herrero González

À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton
Ed. Gallimard Jeunesse – 2020

Je vous propose de découvrir un livre nominé pour le prix Pépites du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, écrit par Manon Fargetton et publié en 2020 aux éditions Gallimard Jeunesse, qui a été pour moi un véritable coup de cœur.

Un jour, une vieille dame retrouve un vieux téléphone que son mari l’avait incitée à acheter quelques années auparavant et poussée par le chagrin, elle décide d’envoyer un message au seul numéro enregistré : celui de son défunt époux. Luce n’attendait pas de réponse, pourtant, elle en reçoit une quelques jours plus tard alors qu’elle se décidait finalement à quitter ce monde, elle aussi.

L’adolescent à l’autre bout du fil se fait passer pour sa moitié, ayant senti que cette femme avait besoin d’une présence réconfortante dans sa vie. De toute manière, Titouan ne quitte plus sa chambre depuis des semaines. Dès qu’il s’y essaie, il ressent comme un profond malaise, une sensation qui le force à rebrousser chemin pour s’y cloitrer. Son seul lien avec l’extérieur, c’est son compagnon de jeu – ou plutôt sa compagne – Alix. Ces derniers temps, elle se connecte pourtant de moins en moins, prise par ses répétitions de théâtre, en vue de préparer l’examen qui lui permettra enfin de s’échapper de chez elle et de devenir indépendante.

Son père, Armand, refuse de la laisser s’émanciper, pour la simple et bonne raison qu’elle est la seule personne qui compte pour lui aujourd’hui. Depuis son divorce avec la mère de la lycéenne, il a du mal à rencontrer d’autres femmes pour reconstruire sa vie. Car Armand a besoin d’une relation durable, à l’inverse de sa meilleure amie, Gabrielle, qui prend peur à chaque fois que son couple devient «sérieux» et se voue entièrement à son travail pour éviter de songer à l’avenir.

Dans son roman, l’auteure raconte la vie de cinq personnages diamétralement opposés qui vont entrer en contact les uns avec les autres par une succession de coïncidences : Titouan, un adolescent traumatisé par l’école ; Alix, une jeune adulte bien décidée à percer en tant que comédienne et à se détacher de son père envahissant ; Luce, une femme âgée qui depuis la mort de son mari, ne trouve plus goût à la vie ; Armand, un père qui élève sa fille seul et Gabrielle, professeure de théâtre désabusée. Avec sa plume élégante, elle nous décrit la quête de sens de ses protagonistes en soulignant l’importance du contact humain et du partage. C’est un roman très prenant et émouvant que les amoureux de la littérature dévoreront en quelques jours seulement !

Marine Madani

Nord Perdu, Nancy Huston
Ed. Actes Sud (collection Babel) – 2004

Ah les langues… Pour nous autres littéraires, elles sont une source inépuisable de fascination. L’on dit souvent qu’à chaque langue correspond sa vision du monde, et c’est justement de ce principe que Nancy Huston construit sa réflexion dans Nord Perdu. Lorsqu’on se retrouve tiraillé⸱e entre deux langues et deux cultures, ne perd-on pas un peu le nord ? Que se passe-t-il dans un cerveau bilingue, voire multilingue ? Comment gérer la confrontation de toutes ces visions diverses du monde ? Ce sont tous ces questionnements auxquels Nancy Huston s’intéresse dans cet essai.

« L’expatrié découvre de façon consciente (et parfois douloureuse) un certain nombre de réalités qui façonnent, le plus souvent à notre insu, la condition humaine »

S’expatrier, selon l’autrice, c’est s’exposer à des réalités qui ne nous avaient, jusque là, pas effleuré l’esprit. Originaire de Calgary au Canada, Nancy Huston part vivre en France alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années. Dès lors, elle va devoir apprendre à vivre entre deux langues, deux cultures, deux faces de sa personnalité. L’autrice le sait : elle n’est pas entièrement française et ne le sera jamais, c’est une évidence. Mais en même temps, elle ne peut plus se sentir complètement canadienne non plus. Alors, qu’est-ce que cela signifie pour son identité ? Doit-elle nécessairement se définir comme l’une ou l’autre ? Est-on la même personne selon la langue que l’on parle ou que l’on écrit ?

En tant qu’écrivaine, ce sont autant de questions qui touchent Nancy Huston dans sa vie personnelle comme dans sa vie professionnelle. Avec Nord Perdu, elle nous offre une introspection riche en observations et en anecdotes personnelles. Que l’on partage ou non son point de vue, l’autrice nous permet de nous questionner sur la place du multiculturalisme dans nos sociétés. Cet essai saura piquer la curiosité de tous les lecteurs qui s’intéressent aux langues et aux cultures étrangères. Nord Perdu est une lecture courte, mais concentrée en réflexions toutes plus passionnantes les unes que les autres.

Anne-Elisabeth Doutey

L’empreinte, Alex Marzano-Lesnevich
Traduit de l’anglais par Héloïse Esquié
Sonatine éditions – 2019

NB : L’auteur∙e se déclarant non-binaire, les deux genres apparaitront écrits pour le∙a désigner.

En 2003, Alex Marzano-Lesnevich fait des études de droit à Harvard. Ses études le∙a mènent à effectuer un stage dans un cabinet d’avocats de la Nouvelle-Orléans, qui s’intéresse de près aux détenus qui se trouvent dans le couloir de la mort. Alex est farouchement opposé∙e à la peine de mort. Mais ses certitudes se retrouvent ébranlées par la découverte d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley. Ce dernier, pédophile condamné âgé de 26 ans, avoue avoir tué par étranglement un enfant de 6 ans, Jérémy Guillory, en 1992. Condamné à mort 9 ans plus tôt, le jury change sa peine et le condamne alors à la prison à perpétuité.

C’est en visionnant la vidéo des aveux de Rick Langley, qu’Alex est bouleversé∙e. C’est cette vidéo qui a tout changé pour le∙a jeune étudiant∙e.

« Cette vidéo m’a amenée à réexaminer tout ce que je croyais, non seulement au sujet du droit, mais au sujet de ma famille et de mon passé. Il aurait peut-être mieux valu pour moi que je ne la voie jamais. Il aurait peut-être mieux valu pour moi que ma vie puisse demeurer dans la période d’avant, plus simple ».

Ces aveux effrayants résonnent en iel et lui font revivre, bien malgré iel, de terribles souvenirs de son enfance, jusqu’alors enfouis dans le silence assourdissant du secret familial. Ce secret, c’est celui d’un grand-père violeur pédophile, qui a abusé d’iel et de sa sœur des années durant. Malgré les révélations d’Alex, ses parents décident de fermer les yeux, pour protéger la cohésion et l’image de la famille. Comme dans beaucoup trop d’autres familles, on espère que cette histoire sordide sera effacée par le temps, le silence et le tabou, au détriment de la santé et de l’innocence gâchée de deux enfants. 

Pourtant, le corps n’oublie pas et garde une terrible empreinte de ces violences. Le corps blessé d’Alex exprimera ses souffrances par de l’anorexie et des cicatrices qui ne s’effacent pas. Le corps gardera ces traumatismes dans sa chair, et on ne peut que comprendre le titre original du livre, The fact of a body, car le corps lui, n’oublie jamais. Pour Jérémy Guillory, c’est aussi ce petit corps qui a souffert, ce corps qui témoigne de la violence du meurtre, ce corps que l’on examine de près en espérant qu’il nous révélera la façon dont Rick Langley a réalisé son crime.  

Alex entame un véritable travail d’investigation qui durera 10 ans, étudiant avec soin des dizaines d’articles de presse, de reportages, d’entretiens en face à face, de procès-verbaux, afin d’essayer de comprendre ce qui a pu conduire Langley à commettre ce meurtre abominable. Une enquête passionnante, obsédante, qui, mêlée à l’histoire de l’enfance d’Alex, amène de nombreuses réflexions autour de thèmes très complexes : la pédophilie, le traumatisme, la recherche de la vérité, le choix du pardon, les travers du système judiciaire américain, la peine de mort…

Cette œuvre est un véritable « cocktail » littéraire, qui mêle autobiographie, journalisme d’investigation et plaidoyer judiciaire. C’est une lecture troublante, parfois difficile, mais définitivement passionnante. Alex écrit avec franchise et sans faux-semblants, iel ne nous ménage pas, ne nous passe pas sous silence les terribles détails, sans pour autant essayer de nous faire pleurer à chaque page. C’est un récit authentique, une enquête haletante, et une introspection très touchante.

On voudrait refermer le livre pour oublier ces terribles récits, mais on aura plutôt tendance à le lire d’une traite pour enfin découvrir le fin mot de l’histoire. 

Coline Charbin

Traduction poétique

3 de nos Métisseurs de Mots sont italianistes : Magda Redaelli, Erika Neav et Lucile Charton (aka « La team spaghetti »)

Elles ont eu la joie et le privilège durant cette année universitaire 2020-2021 de faire publier leur travail de traduction poétique dans 3 revues : Le Portulan Bleu n°34/35 (Voix tissées) ; Comme en Poésie n°85 ; et -last but not least- le sublime bijou qu’est Le Coquelicot Revue.

Grâce à ces collaborations, toutes 3 ont pu non seulement donner de la visibilité à leurs traductions et promouvoir des poètes et poétesses italien.nes contemporain.es méconnu.es en France, mais également expérimenter 3 façons de travailler, 3 rapports traducteur-éditeur aux antipodes les uns des autres et, forcément, 3 résultats de publication très différents.

Les expériences de ce type forgent les professionnel.les en devenir que nous sommes et sont à considérer dans toute leur diversité.

Merci à ces Revues d’avoir permis cela en leur faisant confiance!

Poète et Poétesses traduit.es :
Daniele Casolino : Microdistanze ; Imperfezione ; In Somnia
Lucia Gaddo Zanovello : Voglio Nascere; Sarà un sorriso ; Ma dentro la parola un grido
Mariella Bettarini : 15 Gennaio 1922 ; 1961 ; 1969
Viviane Ciampi : Il senso del fare ; Tradurre ; Tutto questo

Contact Revues :
Le Coquelicot Revue : https://www.lecoquelicotrevue.com/
Le Portulan Bleu (Voix Tissées) : https://www.entrevues.org/revues/portulan-bleu/
Comme en poésie : https://www.facebook.com/Comme-en-po%C3%A9sie-384417888237359/